Notre bon ami Christ-Roi (Ingomer) a dégoté une première analyse intéressante de l’encyclique “Caritas in veritate“, un projet économique proposé par l’Eglise pour répondre à la crise. Ces extraits d’analyse proviennent de la plume de l’Abbé Guillaume de Tanoüarn (IBP).

1) Extraits trouvés sur Le Forum catholique

Depuis Centesimus annus (1991), beaucoup de néo libéraux s’étaient habitués à considérer que la papauté avait viré du côté du libéralisme économique. L’Eglise disait OUI à l’économie de Marché et la messe était dite.

Benoît XVI revient sur le sujet, en revendiquant l’unité de la doctrine sociale de l’Eglise avant et après le Concile (circ. n.12) d’une part et les enseignements nouveaux que l’on peut tirer de la crise économique d’autre part (n°21).

Pour lui, le Marché (dont il donne une définition scolaire très aboutie au n°35) est bel et bien un fait humain inéliminable. Mais laissé à lui-même, il devient fou. L’impératif du rendement immédiat et les spéculations financières l’emportent sur la réalité humaine dans laquelle l’économie s’insère. La société de défiance succède à la société de confiance. Et, délocalisation et obsession du law cost l’emportant sur toute autre considération, le capital social s’épuise, la pauvreté du plus grand nombre succède à l’aisance ordinaire, toujours au nom du profit. Bref le marché se détruit lui-même, la trop fameuse “loi du marché” (qui n’est le plus souvent que celle du rendement à court terme) supprime le véritable développement. (le véritable développement pour B. XVI n’est pas l’inepte développement durable mais le développement de tout l’homme et de tous les hommes).

… [L]‘horreur économique. Les entreprises délocalisées prennent les décisions qui concordent avec leurs objectifs sans souci de ce que Benoît XVI appelle joliment “la raison économique”. Et les gouvernements nationaux (si important soient-ils subsidiairement dans leur ordre, Dieu sait que le pape insiste là dessus : n°41) ne peuvent rien faire contre des structures délocalisées qui feront toujours triompher leurs impératifs à court terme. Faut-il croire aux institutions internationales ? Benoît XVI en critique vertement le fonctionnement : pas assez de transparence, pas assez d’efficacité. Il faut une réforme de ces grosses machineries technocratiques qui induisent trop souvent une idéologie technocratique déshumanisante (n°70). Curieusement le pape note au n°71 : cela ne se fera pas sans des hommes droits. S’il faut ces hommes, ce n’est pas pour une nième réglementation administrative, c’est pour que les hommes soient gouvernés. Pour faire face à la folie du Marché de manière humaine, il faut des hommes. Il faut inventer, dans le respect de la subsidiarité, pour tout ce que les Etats nations sont désormais physiquement incapables de faire et pour se protéger contre l’invasion technocratique que la mondialisation inéluctable laisse prévoir, un échelon politique mondial polyarchique, où “des hommes droits” auraient le dernier mot. (n°71).

C’est dans la mesure où du point de vue économique Benoît XVI est un antilibéral conséquent qu’il invente ce nouvel échelon politique.

… [P]our Benoît XVI comme pour Maurras, l’espérance est… politique. Et politique d’abord (non technocratique ou économique) le salut des sociétés en tant que telles, le salut “des peuples et des nations” pour parler comme l’encyclique.

2) Extraits trouvés sur le blog de l’abbé Guillaume de Tanoüarn :

Mon camarade Daniel Hamiche, avec lequel je viens d’avoir une conversation profitable, au moment où je finissais la lecture précise de cette encyclique fleuve, Caritas in veritate, m’explique que George Weigel, biographe attitré de Jean Paul II s’en étouffe… Il faut dire que toute l’encyclique semble écrite pour stigmatiser l’autonomie du Marché comme une catastrophe ; non seulement une catastrophe, mais la catastrophe telle que nous la voyons se déployer, oui la crise… La crise est la crise du libéralisme économique et de l’autonomie du Marché…

Benoît XVI ne dit pas autre chose : “La sphère économique, écrit-il (comprenez : le Marché), n’est par nature ni éthiquement neutre ni inhumaine et antisociale. Elle appartient à l’activité de l’homme et justement parce qu’humaine, elle doit être structurée et organisée institutionnellement de façon éthique” (n°36). Structuration, organisation, on est loin de la théorie de la Main invisible d’Adam Smith. … J’entends déjà certains de mes lecteurs me dire : mais alors, si Benoît XVI n’est pas libéral, si pour lui la première urgence c’est de structurer et d’organiser le Marché, alors… il est… socialiste. Ne l’est-il pas quand il stigmatise les écarts de richesse et quand il revendique comme objectif prioritaire la satisfaction d’un droit de tous au travail ?

Je suis au regret de dire à ces lecteurs que je n’ai pas vu l’ombre d’une apologie du collectivisme que ce soit l’appropriation collective des moyens de production ou l’appel à développer une fumeuse propriété collective, non, je n’ai rien vu de tout cela dans l’encyclique. Benoît XVI n’est pas socialiste…

[I]l importe de trouver “des hommes” qui soient “des hommes droits” (n°71). Sans eux, “le développement est impossible” déclare le pape. Mais à quoi correspondent ces hommes qui ne sont pas des structures anonymes, sinon à l’invention d’un nouveau degré du politique. Face à la fortune anonyme et vagabonde, il importe que se dresse “une autorité mondiale” (n°67), polyarchique et subsidiaire, réellement politique et non technocratique, dont le rôle serait manifestement de discipliner le Marché en en faisant le lieu du véritable développement.

Utopie ? Dites vous. C’est peut-être surtout une nécessité que l’on n’a pas encore perçue mais qui s’affirmera toujours d’avantage face à l’horeur économique. Cette question de l’autorité mondiale est suscitée par la mondialisation technologique et commerciale de l’économie, face à laquelle l’Etat nation ou la réunion des Etats nation ne peuvent rien entreprendre. Benoît XVI, comme souvent l’Eglise l’a été, est peut être simplement un petit peu en avance. Elle ne cherche ni à détruire les nation ni à relativiser les identités (le problème des flux migratoires est d’ailleurs de ceux que cette autorité mondiale aurait sans doute à résoudre, tant ils apparaissent insolubles pour les seuls Etats nations).

Allez… disons que l’Eglise de ce pape de 85 ans, sauvé par l’Espérance, a sans doute 20 ans d’avance !”

3) Ma petite réflexion personnelle sur la question de l’ “Autorité mondiale” évoquée par l’encyclique :

L’encyclique Caritas in veritate est très vaste, il y a beaucoup de choses à en dire … L’idée d’ “autorité politique mondiale” comme réponse à la crise se trouve dans le paragraphe 67. L’Eglise précise qu’il ne s’agit pas d’un gouvernement mondial et, dans le paragraphe 41, appelle le rôle des Etats à croître (souveraineté nationale !). Dans ce même paragraphe 67, il y a une critique à peine voilée, à la veille du G8, sur la confiscation et l’utilisation des organes internationaux par quelques uns.

Il faut distinguer les enjeux et les différences entre gouvernance mondiale, qui sera alors politique et subjective, et autorité mondiale qui s’appuie sur des droits objectifs inscrits dans tout les Hommes. L’Eglise serait parfaite pour ce rôle. Mais comme ce n’est pas possible, je ne pense pas que cette réponse (parmi d’autres !) soit la meilleure !

Il n’empêche que ce document n’a aucune valeur dogmatique et que je crois, de toute façon, que l’idée d’ “autorité mondiale” suggérée au paragraphe 67 n’est pas la meilleure solution pour pallier à la crise. Rien que l’appellation me donne des frissons … Dommage …

Je préfère, personnellement, la solution le pen.