Voici deux extraits tirés du livre très intéressant de Jacques Attali : “Les Juifs, le monde et l’argent”. Bien sûr, il faut un peu décrypter car Monsieur Attali a voulu, par son livre, faire passer pour un phénomène positif ce qui fut en réalité une catastrophe pour l’économie européenne :

L’intérêt des Juifs : Au tournant du millénaire, le système monétaire étouffe face aux demandes du commerce. Même si des monnaies de Gênes (le florin), de France (le gros tournois) et de Venise (le ducat) s’ajoutent au cours du Moyen Age à celle de Charlemagne (le denier d’argent), le volume des moyens de paiement ne suffit plus à couvrir les besoins des paysans, des artisans, des marchands, et surtout des seigneurs et des monarques. Il faut donc du crédit. Beaucoup plus que dans les siècles passés [ndlr: mon Dieu c'est terrible, quelle économie arriérée n'est-il pas ?].

Or, prêter reste absolument interdit aux chrétiens ; l’Eglise nomme encore avec horreur “usura” le revenu qu’on en tire, mot qu’elle n’emploie plus pour désigner le revenu issu du commerce des marchandises. Tout prêteur est considéré comme un diable qui tente l’emprunteur et crée les conditions de sa ruine : le prêt et le prêteur sont à l’image, respectivement, de la pomme et du serpent dans le jardin d’Eden. Le prêteur est donc haï de celui à qui il rend service [!!! ndlr : l'européen est tellement ingrat c'est bien connu !!!], même si ses conditions de prêt ne sont pas usuraires [ndlr : le prêt sans intérêt est effectivement une pratique courante de la part des banquiers juifs...].

De surcroît, l’Eglise s’inquiète de voir le crédit renforcer les monarques, qui s’opposent à elle, et les villes, où elle peut moins facilement qu’à la campagne encadrer les corps et les âmes. Elle continue donc à interdire à tout chrétien de prêter ; mais, paradoxalement, elle n’interdit pas aux fidèles d’emprunter [ndlr : si prêter de l'argent sans intérêts est autorisé, c'est tout-à-fait logique !] L’impasse est donc totale entre les besoins économiques et l’idéologie religieuse [mais Supermannn va bientôt débarquer pour nous montrer la voie].

A partir du XIe siècle, alors que le féodalisme est en passe d’accoucher de l’ordre marchand et de l’Etat-nation, il n’est personne d’autre que les Juifs pour exercer le commerce de l’argent. Ils ont déjà commencé à le faire, on l’a vu dans les siècles précédents. (…)”

Les communicateurs de la révolution industrielle : Tout occupé à prêter aux princes et à se défendre contre les persécutions, le peuple juif serait passé à côté de la révolution industrielle. Rien n’est plus faux. Déjà, on l’a vu, de nombreux Juifs se sont manifestés dans les débuts de l’industrie hollandaise, britannique, allemande, polonaise et autrichienne, aux XVI, XVII et XVIIIe siècles. C’est encore davantage le cas au XIXe : les Juifs seront au premier rang des prodigieuses mutations technologiques, industrielles et financières qui vont rendre possible la production de masse. Démocratie et marché se révéleront là inséparables. L’entrée dans l’une va accélérer l’entrée dans l’autre.”

(Jacques ATTALI, Les Juifs, le Monde et l’Argent, Paris, Fayard, 2002, p.230-231 et p. 419.)

Jacques le Goff, dans le 4e de couverture de son ouvrage “La Bourse et la Vie”, résume en quelques mots le basculement de l’économie traditionnelle de l’Europe vers l’économie moderne. Il semble bien que l’Eglise se soit fait avoir une fois de plus :

“Si l’usurier, dans le Moyen Age chrétien, est à ce point dans le péché, c’est que même en dormant, son argent lui rapporte… de l’argent. Voilà ce que nous apprennent les “exempla” médiévaux, ces anecdotes édifiantes à l’usage des prédicateurs. Voleur de temps, puisque le prêt à intérêt rapporte tous les jours, l’usurier vole à la fois Dieu, car le temps est un don divin, et les chrétiens, car l’usure est interdite dans une communauté fraternelle. A ce double titre, il est voué à l’enfer. A la veille de la naissance des grands mouvements économiques qui préparent l’avènement du capitalisme moderne, la théologie médiévale sauvera l’usurier de l’enfer en inventant le purgatoire. L’usurier aura ainsi atteint son double but : garder la bourse ici-bas, sans perdre la vie éternelle”

ndlr : Pour la conclusion de Jacques Le Goff, nous laisserons à Dieu plutôt qu’aux continuateurs des apôtres, décidemment trop naïfs en ces temps d’imposture, le soin de décider au Ciel s’Il doit se faire berner comme certains clercs de son Eglise sur la terre ! Certains spéculateurs s’autorassurant par une théologie plus que spécieuse risquent bien d’avoir des surprises devant les portes du paradis !